5 ans après le confinement : le 'monde d'après' du voyage existe-t-il vraiment ?

Alexandre
16/3/2025
Lecture 11 min.

Le 15 mars 2020, Alex, co-fondateur de Chemins, rentrait en France après 15 ans en Asie, à la veille du confinement. Cinq ans après, il évalue les promesses du "monde d'après" dans le tourisme. Entre reprise des voyages internationaux et nouvelle conscience voyageuse, découvrez comment Chemins contribue à un art de voyager renouvelé.

Vous vous souvenez de ces attestations que nous remplissions consciencieusement pour aller acheter une baguette ? De ces apéros Zoom pixelisés où l'on trinquait maladroitement face à nos écrans ? Et que dire de ces innombrables webinaires et lives Instagram qui nous promettaient l'avènement imminent d'un ‘monde d'après’ plus vertueux, plus conscient, plus local ?

Il y a 5 ans, le 15 mars 2020, je posais mes valises en France avec ma famille après 15 années d'expatriation en Asie. Le lendemain, le pays tout entier entrait en confinement. Un timing surréaliste qui donnait l'impression que le monde se refermait derrière nous. Aujourd'hui, alors que nous commémorons ce cinquième anniversaire, l'heure est venue de faire un bilan sans concession : ce fameux "monde d'après" tant annoncé dans le secteur du voyage s'est-il concrétisé ?

De l'Asie à la France : une transition confinée qui est devenue une opportunité

Cette coïncidence, presque prophétique, m'a plongé dans une réflexion profonde. Après avoir passé 15 ans à concevoir des voyages immersifs en Asie avec Shanti Travel, me voilà confiné en France. Le contraste était saisissant.

À vrai dire, l'idée de créer des voyages de proximité me trottait dans la tête depuis plusieurs années déjà. Bien avant la pandémie, j'observais une certaine lassitude chez certains voyageurs face au tourisme de masse, aux aéroports bondés, aux destinations surfréquentées. Je percevais un désir croissant d'authenticité et de sens.

Mais c'est cette pause forcée qui a cristallisé ma conviction : il était temps de concrétiser ce projet. La pandémie n'a pas créé mon envie de lancer Chemins, mais elle m'a donné la certitude que le moment était venu, que les mentalités étaient prêtes.

Ce qui a changé : l'émergence d'une conscience voyageuse

Cinq ans plus tard, je constate des évolutions significatives. Selon l'Observatoire du Tourisme Durable, la demande pour les voyages à vélo en France a augmenté de 42% depuis 2019, avec plus de 5,3 millions de séjours cyclotouristiques en 2024. Cette croissance spectaculaire témoigne d'un changement profond dans les habitudes.

"Avant, je n'aurais jamais imaginé passer mes vacances à vélo en France. Je voyais ça comme quelque chose de... banal," me confiait l’été dernier Thomas, cadre parisien de 43 ans et client de Chemins. "Aujourd'hui, je réalise que j'ai passé des années à traquer l'exotisme sans jamais vraiment m'imprégner des lieux. Ma semaine dans le Vercors a été plus enrichissante que mes trois derniers city-breaks européens réunis."

Ce témoignage illustre parfaitement ce que j'observe au quotidien : une conscience plus aiguë du voyageur face à ses choix. Nombreux sont ceux qui réalisent aujourd'hui qu'ils confondaient souvent dépaysement et kilométrage.

Claire, 38 ans, habituée des escapades européennes, renchérit : "Ce qui m'a frappée lors de mon voyage avec Chemins, c'est la profondeur des rencontres. J'ai discuté avec un vigneron pendant deux heures, visité son domaine en Bio, puis rencontré Bruno, apiculteur, qui nous a plongé, ma famille et moi, dans l’univers des abeilles, avant de rencontrer Céline, qui nous a tellement bien accueillie dans sa magnifique maison d'hôtes perdue en pleine nature ... À Lisbonne l'an dernier, je n'ai parlé à aucun Portugais hormis le serveur de notre hôtel et 2 chauffeurs de taxi."

Ce qui a résisté au changement : la force des habitudes

Malgré ces évolutions encourageantes, force est de constater que les habitudes ont la vie dure. Dès 2022, les indicateurs montraient un retour massif du tourisme international, avec des recettes touristiques en France atteignant 57,9 milliards d'euros, égalant le record de 2019. En 2024, selon les dernières statistiques de l'OMT, le trafic aérien mondial a dépassé de 8% son niveau pré-pandémique.

Les city-breaks à bas coût continuent de séduire massivement, avec plus de 32 millions de réservations court-séjour en avion effectuées par des Français en 2024. Le prix reste un facteur déterminant : comment convaincre un voyageur d'opter pour une semaine en Camargue avec acheminement en TGV quand Rome ou Barcelone s'affichent à moins de 100€ l'aller-retour ?

Chemins : repenser les escapades moyennes distances, pas les grands voyages

Notre ambition avec Chemins n'a jamais été de remplacer l'expérience transformatrice d'un voyage de 3 semaines ou plus au Japon, en Argentine ou en Éthiopie. Ces immersions profondes dans des cultures radicalement différentes nécessitent du temps et offrent une richesse incomparable.

Non, Chemins vise un autre segment : ces escapades moyennes distances que nous multiplions à 2-4 heures d'avion, ces city breaks à Istambul, ces week-ends prolongés à Marrakech ou ces semaines en Grèce. Ces voyages qui, paradoxalement, nous laissent souvent épuisés et frustrés.

Qui n'a pas vécu ces escapades où l'on passe presque autant de temps dans les transports que sur place ? Où l'on enchaîne frénétiquement les "incontournables" sans jamais vraiment s'imprégner du lieu ? Où l'on revient avec quelques photos mais peu de souvenirs profonds ?

Une alternative concrète aux escapades stressantes et polluantes

Le constat que nous avons fait est simple : une semaine à vélo électrique en Ardèche ne remplacera jamais trois semaines d'immersion en Inde. En revanche, elle offre une alternative bien plus enrichissante qu'un week-end à Milan où l'on passe son temps entre aéroport, taxi, visites express et restaurants touristiques.

En éliminant le stress des aéroports, les heures perdues en transit et la pression de "tout voir", nos voyages à vélo permettent une immersion authentique que ces escapades aériennes ne peuvent offrir. Nos clients nous rapportent constamment leur étonnement face à la profondeur de l'expérience vécue à quelques centaines de kilomètres de chez eux.

"J'ai plus échangé avec des locaux en trois jours dans la vallée de la Drôme qu'en une semaine aux Baléares," me confiait une cliente. Cette connexion humaine, cette découverte à un rythme naturel, c'est précisément ce qui manque aux courtes escapades aériennes.

Le non-sens écologique des courtes escapades moyens courriers

L'autre dimension, impossible à ignorer aujourd'hui, est l'impact environnemental. Un aller-retour Paris-Barcelone en avion émet environ 250kg de CO2 par personne. Ce chiffre peut sembler abstrait, mais il représente l'équivalent de 25 jours d'émissions d'un Français moyen pour... quelques jours de vacances.

Ce qui me frappe dans mon travail quotidien, c'est que ces escapades moyennes distances sont souvent les moins "rentables" écologiquement : un ratio émissions/expérience vécue catastrophique. On pollue beaucoup pour vivre peu.

Contrairement à un voyage long et immersif, où l'enrichissement personnel peut justifier dans une certaine mesure l'impact carbone, ces escapades représentent le pire des deux mondes : une empreinte écologique significative pour une expérience souvent superficielle.

Les défis des 5 prochaines années

Le chemin à parcourir reste considérable. Pour les 5 années à venir, avec Chemins, nous nous fixons plusieurs objectifs :

1. Déployer notre offre sur de nouvelles destinations : nous créons déjà des voyages à vélo électrique  sur plusieurs territoires, des Alpes à la Provence en passant par le Massif Central, mais notre ambition est de proposer deux nouvelles destinations chaque année, y compris en Europe, dès lors que l’acheminement est possible en train.

2. Développer notre gamme séminaires, team-building et learning expeditions auprès d'organisations - entreprises, fondations, associations, collectivités, afin de toucher différents publics et de proposer des alternatives crédibles et séduisantes aux séminaires Châteauform' ou 3 jours à l'autre bout du monde.

3. Mesurer l'impact réel : au-delà des émissions carbone évitées, nous voulons quantifier précisément l'impact économique de nos voyages sur les territoires ruraux, pour démontrer que le tourisme durable n'est pas qu'une question d'environnement, mais aussi de vitalité économique.

Le "monde d'après" : une construction progressive

Cinq ans après cette date symbolique du 15 mars 2020, force est de constater que le "monde d'après" n'est pas né d'un coup. Il se construit pas à pas, initiative après initiative, prise de conscience après prise de conscience.

Le secteur du voyage n'a pas connu la révolution annoncée, mais une évolution significative est en marche. La coexistence des pratiques est aujourd'hui la norme : le même voyageur peut programmer un trek au Népal et opter pour un circuit à vélo en France quelques mois plus tard.

Cette hybridation des pratiques, loin d'être un échec, représente peut-être la forme la plus réaliste de ce "monde d'après" : un monde où le voyage devient plus conscient, plus réfléchi, où chaque déplacement est pesé non seulement en termes de coût financier, mais aussi d'impact environnemental et de richesse expérientielle.

C'est dans cet espace en construction que Chemins trouve sa place et sa raison d'être. Non pas comme une alternative radicale au voyage lointain, mais comme une pièce essentielle d'un nouvel art de voyager, plus équilibré, plus respectueux, et finalement plus enrichissant.

Alors que je fête ces cinq années depuis mon retour en France, je mesure le chemin parcouru personnellement et collectivement. Et si le "monde d'après" n'était pas un lieu à atteindre, mais un chemin à parcourir ensemble ? Un chemin sur lequel, jour après jour, nous réapprenons à voyager mieux.

Alexandre
Ecrit pour Itinérances. Le blog du voyage en quête de sens

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